Cela fut un privilège d’interviewer Elaine Fantham quelques semaines avant son décès en juillet 2016.

Elaine a vécu dans une maison de retraite pendant les six dernières années de sa vie, avant de décéder à l’âge de 83 ans. Elle avait besoin d’aide physique pour son hygiène personnelle, pour changer les bandages et pour se relever après une chute, et elle recevait plusieurs visites par jours de soignants et de préposés aux soins personnels. Elaine semblait presque indifférente au fait qu’elle avait besoin de soutien physique. Elle abordait ses nécessités physiques comme s’ils n’étaient qu’une technicité tout en luttant pour conserver son indépendance intellectuelle.

« Je suis étonnée de voir à quel point les autres résidents réfléchissent peu à ce qu’ils font : leurs impôts, leurs transactions bancaires, le monde réel d’où ils viennent. Ils ont un fils ou un mari qui s’en occupe pour eux. Ils ne semblent pas se préoccuper [de leur indépendance]. Moi je lutte pour la conserver. »

Elaine a affirmé que les gens, sans s’en rendre compte, en viennent au point où ils ne sont plus respectés ou considérés des adultes indépendants, et deviennent invisibles. Elle refusait elle-même d’accepter ce rôle. Elaine était membre du département d’études classiques à l’Université de Toronto pendant plus de vingt ans, et une experte de niveau mondial en latin. Jusqu’aux derniers jours de sa vie, elle traduisait une nouvelle collection de lettres latines en anglais pour un éditeur américain important. Elaine était satisfaite des soins qu’elle recevait à sa maison de retraite privée, mais elle était tout à fait consciente du fait que la plupart des gens ne peuvent pas se permettre de dépenser 4000 $ par mois pour un petit appartement comme le sien. « Nous sommes privilégiés dans le sens où nous avons plus d’argent que la majorité des gens, et nous connaissons des avocats. » Ces ressources ont pu garantir un niveau de soins supérieur pour Elaine. Son histoire met en lumière une triste vérité : souvent, au Canada, plus on a de l’argent, meilleurs seront les soins reçus.

Il est temps de rendre les soins plus abordables et de permettre à ceux qui reçoivent des soins de conserver leur indépendance et leur dignité et de continuer à faire ce qu’ils aiment. Elaine avait une perspective importante et nuancée, et ce fut un plaisir d’écouter le récit de son expérience en tant que personne âgée recevant des soins dans notre société.

 

95

Pourcentage de résidents dans les maisons de soins infirmiers qui ont besoin d’aide pour les activités quotidiennes comme se laver, s’habiller et manger (2011)

1,2 Billion de dollars

Le coût projeté des soins de longue durée au Canada au cours des 35 prochaines années. Aux niveaux actuels de financement gouvernemental, la moitié ne serait pas financée. (2012)

27

Le pourcentage des coûts des soins infirmiers à domicile est transféré aux utilisateurs (2011)