Les soins adaptés à la culture de manière informelle : en utilisant les réseaux ethniques

C’est difficile d’avoir besoin de certains soins qui ne peuvent être prodigués. Lucy Abernathy a dû faire face à cette situation frustrante lorsque sa mère de 83 ans, Elvira, a perdu sa capacité à parler anglais après avoir souffert d’un AVC qui a provoqué des formes progressives de démences.

Elvira est venue au Canada d’Azores, au Portugal, en 1967. Après son AVC en 2010, le portugais est devenu la seule langue avec laquelle elle pouvait communiquer. Elle avait besoin de quelqu’un qui parlerait la langue, et qui se dirait prêt à prodiguer des soins chez elle comme aide familiale résidente.

Les besoins d’Elvira urgeaient: « Par exemple, elle a mis les déchets dans le four, ou  elle a oublié d’éteindre le four. Elle est incapable de prendre soin d’elle-même. Même pas de se laver ! »

Malheureusement, elle a rapidement réalisé qu’ils éprouveraient de la difficulté à payer un travailleur à travers une agence : « Ils sont payés à l’heure… tu vises environ 5000 $ par mois. Qui a autant d’argent ? Pas mes parents ! » Un autre problème persistait. On a dit à Lucy que sa demande d’une aide familiale résidente lusophone ne pouvait pas être comblée par l’agence qu’elle avait contactée.

Lucy s’est tournée vers ses amis pour leur demander conseil, et on lui a dit que d’autres avaient trouvé des aides familiaux grâce aux petites annonces dans le journal portugais torontois « Familia Portugesa ».

Passer par un journal pour trouver un soignant pose-t-il des risques? Comme Lucy s’en est rendu compte, il n’existe aucun processus de sélection. « Tu dois espérer qu’ils sont honnêtes », explique-t-elle.

Cela a fonctionné pour quelque temps. Au cours de six ans, Lucy a pu embaucher trois soignantes par l’intermédiaire du journal, et elle était assez satisfaite des travailleurs qu’elle avait trouvés. Une des femmes qu’elle a employées est même venue au Canada spécifiquement pour ce poste : sa tante, qui vit à Toronto, avait vu l’annonce dans le journal communautaire. Mais Lucy s’est bientôt rendu compte d’un autre risque de  dépendre de économie informelle : le manque de personnel de rechange. Le tournant pour Lucy a été le jour où elle est rentrée du travail et a trouvé la soignante d’Elvira malade, alitée, et sa mère sans surveillance.

Lucy est la principale dispensatrice de soins de sa mère depuis. Lucy révèle : « c’est ma génération maintenant qui doit s’occuper de nos parents, de nous-mêmes, et de nos enfants. Nous sommes à cet âge où nous avons encore des enfants à la maison, nos parents ont besoin de nous, et nous sommes toutefois assez jeunes pour avoir une vie à nous. » C’est ce que l’on appelle la « génération sandwich ».

Afin de pourvoir aux besoins de sa mère, Lucy a devancé sa retraite. Elle n’a que 55 ans et trouve difficile de s’occuper de sa mère. Mais elle ne croit pas avoir le choix.

Lucy dit qu’elle continue de chercher une aide familiale qui réponde à ses besoins culturels. Entre temps, c’est elle qui fournit les soins dont Elvira a besoin.

Lucy est-elle la meilleure personne pour prendre soin de sa mère ? Lucy croit que, pour l’instant, il n’y a personne d’autre.

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28%

des soignants sont considérés « en sandwich » entre la prestation de soins et l’éducation des enfants (2012)

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48%

des soignants rapportent prendre soin de leurs parents ou de leurs beaux-parents. (2012)

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 32%

des soignants passent 10 heures ou plus par semaine à prendre soin de bénéficiaires de soins qui sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou de démence.(2012)