Chaque année, des milliers de femmes d’Asie du Sud-Est rassemblent leurs effets personnels et parcourent des centaines de kilomètres pour marier un homme qu’elles n’ont jamais rencontré. Ces femmes représentent une tendance croissante qui transforme le tissu social de la région : la migration pour le mariage. Les femmes viennent du Vietnam, de l’Indonésie, de Chine et des Philippines pour marier des hommes en Corée du Sud, en Taiwan et au Japon.

C’est une histoire de déséquilibre des sexes, de pressions économiques et sociales, de réseaux d’affaires transnationaux, et de politiques gouvernementales. En Corée du Sud, les politiques gouvernementales accordent des subventions pour les mariages internationaux d’hommes non mariés, de zones rurales, et 40 % des mariages d’hommes de zones rurales sont « transfrontaliers ». Des centaines de courtages à but lucratif se chargent des modalités. Près de la moitié de ces mariages impliquent des épouses du Vietnam.

Plusieurs migrantes pour le mariage sont des femmes de zones rurales et de familles pauvres. Cependant, les chercheurs mettent en doute la représentation de ces femmes comme victimes passives. La grande majorité est poussée par un fort désir de responsabilisation sociale et par un désir de soutenir financièrement leur pays d’origine. Près de 90 % des épouses immigrantes en Corée occupent un emploi et parmi elles, la plupart ne trouvent que des emplois temporaires.

« Le type d’emplois qu’elles peuvent obtenir est de faible statut. Les femmes immigrantes sont normalement employées comme travailleuses de jour dans les secteurs de travail informels ou dans des emplois qui n’offrent aucun système de pension ou d’assurance », explique Kyung-Eun Yang, nouvelle chercheuse associée avec le projet en partenariat Genre, migration et le travail de care (Gender, Migration and the Work of Care). Yang a récemment complété une vaste analyse de données provenant d’enquêtes sur l’intégration des épouses immigrantes dans le marché du travail en Corée du Sud. Elle a constaté qu’elles possèdent beaucoup moins de stabilité d’emploi et gagnent un salaire nettement inférieur à celui des travailleuses coréennes, ce qui indique la présence de discrimination systémique dans le marché du travail.

Que pouvons-nous faire ? Les chercheurs notent que les gouvernements locaux en Corée du Sud dépensent plus d’argent pour subventionner et promouvoir les mariages transfrontaliers que pour soutenir les programmes ou les politiques qui promouvraient l’aide sociale des migrantes pour le mariage quand elles arrivent.

Les connaissances que nous avons acquises en analysant ces données pourraient s’avérer très utiles aux responsables des politiques, remarque Kyung-Eun. « Une des manières de réduire la discrimination auxquelles les épouses immigrantes font face lorsqu’elles cherchent du travail serait d’adopter et d’appliquer des lois antidiscriminatoires plus sévères en Corée du Sud. » D’autres politiques sociales, telles l’augmentation des opportunités d’éducation et la meilleure reconnaissance des acquis, pourraient aussi avoir des impacts positifs importants.

27%

Pourcentage de mariages taiwanais qui étaient des mariages transfrontaliers en 2002

40%

Pourcentage de mariages en zones rurales en Corée du Sud qui impliquent des migrantes pour le mariage

235 947

Nombre d’épouses immigrantes en Corée du Sud en 2013

Doublée

Population d’épouses immigrantes en Corée du Sud depuis 2010

36,9%

Pourcentage d’épouses immigrantes en Corée du Sud qui occupent un emploi — plus de la moitié d’entre elles occupent un emploi temporaire